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EP 39 – Abdel Raouf Dafri : Manger de la viande enragée

Abdel Raouf Dafri est scénariste pour le cinéma et la télévision.

Il a écrit, entre autres, le film « Un Prophète » (réalisé par Jacques Audiard et récompensé aux Césars), les deux biopics sur Jacques Mesrine ainsi que les saisons 2, 3 et 4 de Braquo.

C’est un de mes épisodes favoris. Mais c’est aussi un épisode au contenu quelque peu explicite. En toute franchise, je me suis inquiété du fait que des noms soient cités. Je me suis demandé si ça pouvait me retomber dessus.

J’avais trois options :
1. Sortir l’épisode tel quel.
2. Enlever les parties concernées et sortir un épisode monté.
3. Ne pas sortir l’épisode.

L’option 2 n’est pas envisageable. Ce serait trahir l’émission, en plus de trahir l’invité à qui j’ai promis une interview sans questions pièges et sans montage.

Si je prends l’option 3 et que je ne sors pas cet épisode par peur des réactions, je trace une ligne dans le sable pour les prochains. Qu’est-ce qui sera acceptable, qu’est-ce qui ne le sera pas ? Dans deux mois je me retrouve avec une émission de télé, sans intérêt.

Je sors donc cette discussion sans montage. J’aimerais savoir ce que vous auriez fait à ma place. Dites-le moi dans les commentaires, sur twitter, où par email !

Et surtout, accrochez vos ceintures et bonne écoute !

CE DONT ON PARLE :

00:00 Pourquoi il faut être patient
11:00 Les problèmes de l’industrie du cinéma
20:00 Le métier de scénariste, comment il a écrit un prophète et ses conseils à ceux qui débutent
31:00 Comment raconter une bonne histoire
38:00 Comment gérer la critique
42:00 Un prophète – Comment sortir du lot.
01:02:00 La fragilité du succès.
01:08:00 Les questions de la fin

Références :

Si vous avez aimé :

J’ai aussi commencé un Tipeee, où vous pouvez me soutenir financièrement si le coeur vous en dit. Après on organise des soirées avec les tipeurs, la prochaine aura lieu fin Octobre ❤️

EP 38 – Jack Parker : « Ouvre ta gueule ! »

« La Mooncup : Plus propre, plus efficace, plus écolo ».

C’était un autocollant sur le mur des toilettes. Au dessus du slogan, le dessin d’une planète Terre sur laquelle, enfin, tout allait bien. La Mooncup avait l’air sympa.

Je voyais cet autocollant plusieurs fois par jour, mais je n’avais jamais compris de quoi ça parlait. Je n’avais jamais demandé. À vrai dire,  je préférais ne pas savoir.

Et puis un jour, un pote avait vu l’autocollant. Lui savait. J’avais eu droit à une avalanche de vannes mélangeant ma mère, le vagin et les coupes en plastique. J’avais fait mine de bien le prendre, mais ça ne m’avait pas fait marrer.

Je n’aimais plus la Mooncup et je me demandais quelle cruauté pouvait pousser ma mère à vouloir tout faire si différemment.

On ne parlait pas des règles chez moi, on n’avait pas beaucoup de raisons de le faire.

Au collège, on en parlait surtout pour se foutre de la gueule des filles ou expliquer leur mauvaise humeur. De toute façon les filles, on n’y comprenait rien et on avait tous trop besoin d’être des mecs pour faire un pas vers elles. Au collège, les gentils ne survivent pas.

Dans mes relations amoureuses, je n’entendais parler des règles que pour désigner les dates limites du sexe sans risque pour la literie. Je ne crois pas avoir posé beaucoup de questions.

C’est sûrement pour toutes ces raisons que suis mal à l’aise, à 25 ans, quand je lis le livre de Jack Parker.

Les règles à toutes les pages. Le sang à toutes les pages. J’ai l’impression de lire un truc que je ne devrais pas lire, comme une atteinte à la pudeur. Je sens mon ventre me dire que c’est interdit.

Il y a quelques années, j’aurais mal interprété ce signal. J’aurais refermé le bouquin. Il ne faut pas se faire de mal après tout.

Mais aujourd’hui, je le vois comme une opportunité de déconstruire mes barrières mentales.  De questionner les millénaires de construction morale qui me font penser dans un sens et dont je ne suis même pas conscient.

Alors je prends chaque signal comme une chance de bouger la réflexion de mon ventre vers mon cerveau. Pourquoi ne pourrait-on pas parler de telle ou telle chose ? J’essaye d’attraper mon formatage au vol, avant qu’il ne me fasse dire n’importe quoi. Être con, c’est le mode automatique. Le reste demande un effort.

Avec de la patience, de la bonne volonté et si je continue à demander pourquoi, j’arriverai peut-être à ne plus avoir aucune opinion. Alors je pourrai reconstruire.

Et cette fois c’est moi qui choisirai les pierres.

Ce dont on parle :

  • 01:00 Comment elle est passée de misogyne à féministe
  • 11:00 – Peut-on rire de tout ? L’importance d’écouter et de réfléchir
  • 24:00 – L’importance vitale de l’éducation, l’exemple de sa maman
  • 31:00 – Les règles, un formidable cheval de troie
  • 41:00 – Le paradoxe de la mère et de la putain
  • 51:00 – Dire la vérité pour se protéger et pour aider
  • 58:00 Les questions de la fin

Références :

Si vous avez aimé :

J’ai aussi commencé un Tipeee, où vous pouvez me soutenir financièrement si le coeur vous en dit. Après on organise des soirées avec les tipeurs, la prochaine aura lieu fin Octobre ❤️